samedi 7 octobre 2017

La Lune vue de ma cuisine – Rapport d'observation astronomique 2017.10.06.s

Jamais je n'ai fait une séance d'observation aussi « pepère »! Hier soir, 6 octobre, j'aperçois la Lune par la fenêtre de la cuisine. C'est le lendemain de la pleine Lune, donc il ne lui manque pas grand-chose du côté est (les points cardinaux mentionnés ici sont les points cardinaux lunaires) et le contraste entre les zones claires et sombres est excellent. Il me prend donc l'envie d'y jeter un coup d'oeil aux jumelles 8x26. Même à travers la fenêtre, la visibilité est très bonne et je décide d'utiliser plutôt mes 9x63. C'est une excellente idée et c'est donc assis sur une chaise, dans ma cuisine, les coudes bien appuyés sur le comptoir, que je passe cette demi-heure à regarder la Lune.

Un astérisque (*), dans le texte ci-dessous, indique un élément de la géographie lunaire que j'observais pour la première fois.

J'ai en particulier observé quelques cratères dont la tonalité contrastait bien avec celle du terrain environnant : soit des cratères au fond sombre dans un environnement clair (Plato et Grimaldi) soit des cratères au fond clair dans un environnement sombre (Tycho, Copernic, Aristarchus, Seleucus, Reiner Gamma* et même, chose étonnante, le minuscule cratère Lichtenberg*!) Mais j'ai aussi observé des plaines : Palus Epidemarium, Lacus Excellentiae* et Lacus Timaris*) et toutes les mers principales. Ce qui m'a le plus intrigué est une zone claire, au nord-est de Tycho, que je croyais d'abord être un cratère mais qui semble plutôt une zone de terrain très claire, tapissée de matériaux datant vraisemblablement de la formation de Tycho : la « Tache brillante de Cassini ».

Et puis, je ne peux m'empêcher d'évoquer ce moment extraordinaire, lorsque deux oiseaux, minuscules et lointains, sont passés devant le disque lunaire!

vendredi 6 octobre 2017

Au bord de l'Océan des Tempêtes – Rapport d'observation astronomique 2017.10.03.s

Hier soir, 3 octobre, je suis sorti sur la galerie avec mon télescope 114/1000 muni d'un oculaire grossissant 200x. La Lune était presque pleine et je voulais observer quelques éléments de son relief à la limite des zones claires et obscures, dans la région de l'Océan des Tempêtes. Les points cardinaux mentionnés ici sont les points cardinaux lunaires.

En fait, j'espérais profiter d'une lumière rasante pour tenter d'observer Rima Schröter, une vallée, ou plus exactement une ancienne et immense rigole de lave, qui part du cratère Herodotus, longe le cratère Aristarchus vers le nord, puis s'incurve vers l'ouest à travers le Plateau Aristarche, pour redescendre ensuite vers le sud-ouest et se perdre dans l'Océan des Tempêtes. La lumière n'était cependant plus rasante à cet endroit : il aurait fallu que je m'y prenne un ou deux soirs plus tôt. J'ai quand même réussi à voir les cratères Aristarchus, déjà observé, et Herodotus, jamais observé, ce dernier étant un peu plus difficile à voir. Je me suis même demandé si, en vision indirecte, je n'avais pas réussi à apercevoir, comme une incertaine tache de lumière, le mont bordant, à l'est, la « Tête de Cobra », nom donné au point le plus large de Rima Schröter, à son point de départ. Mais c'était peut-être mon imagination et je n'ajouterai pas ce mont à ma liste d'observation. L'astronomie est une école de patience : pour voir Rima Schröter, il me faudra m'y reprendre un soir où la zone en question bénéficie d'un éclairage rasant de l'est ou, mieux encore, un matin où la zone bénéficie d'un éclairage rasant de l'ouest. Je crois aussi qu'il me faudra peut-être prendre le T203/1200 à 240x. On verra bien – ou pas!

Outre Aristarchus, j'ai quand même observé quelques cratères pour la première fois. Me déplaçant d'Herodotus vers l'ouest, j'ai pu observer Schiaparelli, petit et relativement difficile à voir, avant d'arriver à Briggs, à la limite des zones claires et obscures. Puis je suis remonté vers le nord, observant Eddington, dont une partie du rempart est pratiquement enfouie sous les laves de l'Océan des Tempêtes, Seleucus et les deux cratères jumeaux Krafft et Cardanus. Dans cette région, j'ai aussi tenté d'observer le petit cratère Galilaei, mais je n'y suis pas parvenu (peut-être à tenter de nouveau en même temps que Rima Shröter?) Continuant vers le nord, j'ai finalement observé Cavalerius, Hevelius, Lohmann, Grimaldi (le seul déjà observé, avec Aristarchus) et Sirsalis. En ce qui concerne Grimaldi, qui a à première vue l'apparence d'un cratère rempli de lave, comme Plato, on le considère plutôt comme un bassin.

Un voile de nuage est ensuite arrivé et a mis fin à ma séance d'observation.

samedi 30 septembre 2017

Variation de l'éclat d'Algol – Rapport d'observation astronomique 2017.09.28.s+30.s

J'avais le goût d'observer la variation d'éclat d'Algol (β Persei), une étoile variable à éclipse, dont la variation me semblait plus facile à observer que celle de δ Cephei, céphéide observée le 10 septembre dernier. En effet, la variation d'Algol la fait passer de la magnitude 2,1 à la magnitude 3,3 (différence de 1,2 magnitude), tandis que δ Cephei varie de la magnitude 3,4 à la magnitude 4,2 (différence de 0,8 magnitude). Outre le fait qu'Algol est toujours plus brillante que δ Cephei, sa variation d'éclat est aussi plus importante. Je me suis donc dit que, pour un débutant en observation des étoiles variables, il serait peut-être plus facile d'observer la variation d'éclat d'Algol que celle de δ Cephei, sans pour autant abandonner l'idée de revenir, un autre soir, à l'observation de δ Cephei.

Le cycle de variation d'Algol s'étend sur presque trois jours. Elle atteint son minimum en quatre heures et revient à son maximum en quatre autres heures, lorsque sa composante la moins lumineuse éclipse sa composante la plus lumineuse (Algol est une étoile double). Ayant consulté les tables de l'American Association of Variable Star Observers, je savais qu'elle serait à son minimum le soir du 28 septembre à 21h15, HAE.

Le soir du 28 septembre était bien dégagé! J'en ai donc profité pour observer Algol de ma galerie, vers 21h15. L'instrument idéal pour cela était une paire de jumelles : assez puissantes pour bien voir d'autres étoiles dans mon ciel éclairé de banlieue, elles offrent un champ assez large et une mobilité assez rapide pour voir facilement plusieurs autres étoiles des alentours. Cet aspect est important, puisque c'est en comparant l'éclat d'une variable à celui des étoiles voisines qu'on peut évaluer la magnitude de la variable et, sur plusieurs séances d'observation, sa variation d'éclat. J'ai donc utilisé mes 9x63.

Les étoiles proches d'Algol qui m'ont servi de points de comparaison, pour évaluer la magnitude d'Algol, étaient δ Persei , ρ Persei , et ψ Persei . Lors de l'observation, je ne connaissais toutefois pas les magnitudes de ces étoiles : je trouvais simplement qu'elles étaient les meilleurs points de comparaison proches d'Algol. Ce n'est qu'une fois rentré que j'ai pu vérifier leur éclat avec le logiciel Stellarium et constater que mon observation était bien conforme aux données scientifiques.

De la magnitude la plus brillante à la moins brillante, l'éclat d'Algol et des trois autres étoiles était donc :

δ Per (magnitude 3,0)
Algol (à son minimum, donc magnitude 3,3, selon les tables, et, selon mon observation très amateure mais très enthousiaste : quelque part entre les magnitudes de δ Per et de ρ Per, mais très proche de celle de ρ Per)
ρ Per (magnitude 3,3 à 4,0 une belle étoile orangée qui me semblait subtilement moins lumineuse qu'Algol)
ψ Per (magnitude 4,2 à 4,4)

J'étais donc particulièrement content d'avoir pu observer, de manière si convaincante, Algol à son minimum. Mais ce n'était là qu'une partie de mon objectif, puisqu'il me restait encore à l'observer à son maximum.

Les deux soirs suivants s'avéraient intéressant : selon les tables de l'American Association of Variable Star Observers, Algol ne reviendrait à son minimum qu'à l'heure du souper, le 1er octobre. Ces tables ne mentionnent pas de minimum secondaire (lorsque la composante la plus brillante éclipse la moins brillante) mais, s'il y en a bel et bien un, il devrait logiquement être à peu près à mi-temps entre deux minima (principaux) – à moins d'une orbite particulièrement excentrique. C'est donc dire qu'un éventuel minimum secondaire pourrait avoir lieu vers le lever du soleil le matin du 30 septembre. Selon toute vraisemblance, Algol serait donc à son maximum les soirs du 29 et du 30 septembre.

Le soir du 29, le ciel était couvert à 80% et peu propice à l'astronomie, mais on annonçait un beau ciel dégagé pour le lendemain. L'observation d'Algol à son maximum s'est donc faite le soir du 30, toujours avec les 9x63, quoique juste à temps, puisque le ciel s'est finalement ennuagé.

Les mêmes étoiles que l'avant-veille ont servi de point de comparaison pour évaluer la magnitude d'Algol, mais aussi l'étoile Mirphak (α Persei) de magnitude 1,75. De la magnitude la plus brillante à la moins brillante, l'éclat d'Algol et des quatre autres étoiles était donc :

α Per (magnitude 1,75)
Algol (à son maximum, donc magnitude 2,1, selon les tables, et, selon mon observation encore très amateure mais encore très enthousiaste : nettement plus brillante que δ Per et d'un éclat comparable à α Per – en fait, Algol m'a même semblé légèrement plus brillante qu'α Per, mais peut-être est-ce une impression due à la couleur un peu orangée d'α Per?)
δ Per (magnitude 3,0)
ρ Per (magnitude 3,3 à 4,0)
ψ Per (magnitude 4,2 à 4,4)

Conclusion : j'ai bien réussit à observer la variation d'éclat d'Algol, observée à son minimum le 28 septembre et vraisemblablement à son maximum le 30. C'est ma première observation de la variation d'éclat d'une étoile.


Le même soir du 30 septembre, je voulais aussi faire un peu d'observation à la lunette L120/600. Je n'ai cependant pas pu observer très longtemps, à cause d'un ennuagement, mais j'ai eu le temps de jeter un coup d'oeil rapide à la Cascade de Kemble (Kemble 1) et à l'amas ouvert NGC 1502, que je voulais revoir tous les deux, ayant lu à leur propos, durant la journée, le chapitre qui leur est consacré dans le livre Deep SKy Companions : Hidden Treasures de James O'Meara.

samedi 23 septembre 2017

Sortie à Saint-Pierre – Rapport d'observation astronomique 2017.09.22.s

Événement : deux beaux soirs de suite, avec un ciel limpide et sans Lune! Si le premier de ces soirs (21 septembre) je suis sorti observer sur ma galerie et ai vu quelques objets, dont Cr 463, que je n'avais jamais vu auparavant, c'est hier soir (22 septembre) qui a été la plus belle sortie. Et de loin. Ce soir-là, mon frère Emmanuel, ma belle-soeur Charlotte et moi sommes allés à l'observatoire du club dont nous sommes membres, à Saint-Pierre. Il y avait là le plus beau ciel que j'ai contemplé cette année, loin de toute pollution lumineuse. Il y avait aussi beaucoup d'autres membres du club, dont Martin, Daniel et Denis. Ce dernier initiait les jeunes familles à l'astronomie. L'atmosphère était très vivante et très agréable.

Emmanuel, Charlotte et moi avons observé aux jumelles (j'avais mes 9x63) et avec deux des quelques télescopes du club : le T305/1524 et le T500/2500. Comme nous faisons toujours, nous nous sommes montré quelques unes de nos « trouvailles ». Début de l'observation vers 20h15.

Voici mes observations aux jumelles : M8 (Nébuleuse de la Lagune), M13 (Grand amas d'Hercule), M22 (amas globulaire dans le Sagittaire), M31 (Grande galaxie d'Andromède), M45 (les Pléiades), M81 et M82 (deux galaxies de la Grande Ourse visibles dans le même champ).

Au télescope T500/2500, je me suis régalé à ré-observer M22, à 125x. Quelques étoiles plus brillantes se distinguaient très facilement mais, en observant attentivement, on pouvait constater que le reste de l'amas se résolvait en centaines de très fines étoiles sur fond flou. C'était une observation magnifique!

C'est toutefois avec le T305/1524 que j'ai fait la majorité de mes observations de la soirée, dont certaines nouveautés.

Je voulais d'abord revoir quatre amas ouverts de Cassiopée : M103, NGC 654, NGC 659 et NGC 663. NGC 654 et 659 sont particulièrement difficiles à voir, surtout NGC 659, plus resserré sur lui-même. Je les ai observés à 40x, et peut-être aussi à 59x pour NGC 659.

Ensuite, je suis passé à du nouveau : l'amas ouvert NGC 6939 et la galaxie NGC 6946, dans Céphée, visibles ensemble dans le même champ et observés à 40x. Ces deux objets célestes d'une étendue angulaire similaire sont en réalité d'un ordre de grandeur et de distance complètement différents : NGC 6939 fait partie de notre propre galaxie, la Voie Lactée – alors qu'un amas quelconque n'est dans une galaxie que comme un globule rouge dans un être humain. Emmanuel m'avait déjà montré ces deux objets, mais c'était la première fois que je les trouvais par moi-même (ils étaient nouveaux en ce sens).

La galaxie NGC 7331, dans Pégase, et l'amas globulaire NGC 6934, dans le Dauphin, étaient par contre deux objets que je trouvais et observais pour la première fois. NGC 6934 était particulièrement difficile à trouver, car c'est un amas très discret.

Daniel, un membre du club, m'a fait voir NGC 869-884 (le Double amas de Persée) dans le T305/1524. Il ressortait très bien et remplissait le champ de ses nombreuses étoiles.



Emmanuel et Charlotte, de leur côté, ont trouvé et observé au télescope, parmi d'autres objets célestes, M17, M31, M57, NGC 457 et NGC 869-884. Emmanuel a aussi pris quelques photos, dont deux de la Voie Lactée et une troisième de Charlotte et moi en train d'observer, chacun avec un télescope (première photo, ci-dessus : Charlotte au centre, moi-même à gauche, Voie Lactée en haut au centre). Comme nous étions très fatigués, tous les trois, nous avons quitté l'observatoire à 22h00. On a tous trois très hâte d'y retourner! Et puis, les membres du club sont des gens fantastiques!

(Mentionnons ici nous sommes partis trop tôt pour observer dans le nouveau télescope T900 de Denis et de deux de ses amis. Mais comme Denis l'avait installé, j'en ai pris une photo – la deuxième, ci-dessous.)



mardi 12 septembre 2017

Lune et céphéide – Rapport d'observation astronomique 2017.09.10.s

Sortie sur la galerie chez nous, hier soir, avec mes jumelles 9x63 et mon télescope 114/1000 muni d'un oculaire grossissant 200x.

En guise d'apéritif à l'observation de la Lune, je voulais jeter un coup d'oeil à δ Cephei, qui est l'archétype des étoiles variables céphéides. δ Cep varie de la magnitude 3,4 à la magnitude 4,2. Comme les étoiles ε Cephei et ζ Cephei, ses voisines, visibles dans le même champ aux jumelles, sont respectivement de magnitudes 4,2 et 3,5, elle sont d'excellents points de comparaison pour évalué la magnitude de δ Cep. La tâche n'est cependant pas si facile pour un novice en étoiles variables, car les magnitudes 3,4 et 4,2 sont en fin de compte assez rapprochées. Et que dire si δ Cep est, un soir donné, d'une magnitude intermédiaire? Toujours est-il que, à propos d'hier soir, je vais m'aventurer à dire que δ Cep semblait d'une magnitude similaire à celle de ζ Cep, donc autour de son maximum. Mais ζ Cep étant assez orangée, contrairement à δ Cep qui est plus blanche, je me demande si cette différence de couleur peut créer une illusion, du fait que l'orangé est moins « éblouissant » que le blanc. Qu'importe : c'est un début intéressant, pour moi, en observation d'une étoile variable – et d'autres observations me permettront peut-être de me faire un jour à l'évaluation des magnitudes.

La couleur assez orangée de ζ Cep m'a poussé à jeter un coup d'oeil à μ Cephei, l'Étoile grenat. Elle est décidément d'un rouge-orangé saisissant! On dirait un tison au milieu de la nuit.

J'ai ensuite mis de côté les jumelles pour regarder la Lune avec mon T114/1000. Comme elle était relativement basse sur l'horizon, surtout au début de mon observation, la turbulence était forte et, à 200x, on avait l'illusion que sa surface entière ondoyait comme l'eau du fleuve par un fort vent d'est. J'ai essentiellement observé le long de la ligne de démarcation entre la partie éclairée de la Lune et sa partie laissée dans l'ombre. Dans certains secteurs plus accidentés, on voyait parfois une cime surgir d'un océan d'ombre, fière et solitaire.

En ce qui concerne les cratères, je ne mentionne ici que ceux que j'identifiais pour la première fois : Arago, Auwers, Boscovitch, Dawes, Julius Caesar, Manilius, Menelaus, Plinius et, surtout, le large cratère Catharina. J'ai aussi vu les parties centrale et nord-ouest de la falaise Rupes Altai que je n'avais pas encore vues et qui formaient une ligne obscure. J'avais déjà, en 2014 ou 2016, observé la partie sud-est de Rupes Altai. Cette partie sud-est formait alors une ligne éclatante. (La lumière venait, lors de ces deux observations, de directions opposées.) Mais mon plus grand plaisir de la soirée a été l'observation spectaculaire de deux crêtes de Mare Serenitatis : Dorsa Lister et Dorsa Smirnov. Cette dernière, parfois surnommée en anglais « Serpentine Ridge » en raison de sa longue ligne sinueuse, longeait hier soir la limite entre les zones éclairée et sombre de la Lune. La lumière rasante faisait alors très bien ressortir Dorsa Lister et Dorsa Smirnov qui, lorsqu'elles sont directement éclairées, contrairement à hier soir, sont parfaitement invisibles!

La Lune est un monde fascinant, tout-à-fait à part dans le monde de l'observation astronomique. Je me demande pourquoi je ne l'observe pas plus souvent. Carpe noctem!